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Du savoir à l'ignorance


À cause de son insatiable curiosité, l’humain a accumulé une grande quantité de connaissance. L’imprimerie, puis l’informatique ont donné l’accès au savoir à toute la planète. Mais de cette abondance naquit son opposé : la contre-information.


Le précieux savoir

Il y a cent-cinquante ans, si vous cherchiez une information vous alliez à la bibliothèque, vous achetiez un livre ou vous grappilliez dans les journaux. La qualité des résultats était proportionnelle à votre patience et limitée aux informations publiées sur le sujet. La dispersion du savoir dans le vaste monde et les différentes langues rendaient impossible l’accès au savoir planétaire. Les personnes les plus instruites étaient les grands lecteurs, les polyglottes et les grands explorateurs. Les analphabètes, grande frange de la population du passé, n’avaient pour seules connaissances que la transmission orale des apprentissages de leurs ancêtres.


Les mystères

L’Église fut longtemps la détentrice du savoir. Avec la prière et la contemplation vint l’approfondissement de la recherche de vérité. À travers les siècles, les moines accumulèrent des milliers de renseignements et de concepts concrets et abstraits. À partir de ces explorations intellectuelles, ils relièrent les savoirs faisant avancer la pensée et ouvrant des pistes vers l’évolution de l’humanité. Et quand l’Église faisait face à des événements inexplicables, elle avançait qu’il s’agissait d’un mystère que seul l’Être Suprême pouvait comprendre.


Tout expliquer

Naturellement, pour les grands penseurs du passé, les mystères n’existent pas. Il s’agit plutôt de phénomènes à creuser, à décortiquer, à révéler. C’est ainsi qu’à partir de l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui, la course aux découvertes fut lancée. On vit apparaître un roulement de découvertes et d’inventions, tantôt résolutions de mystères parfois création de théories ou de machines révolutionnaires.

 

On sait tout et plus

Finalement aujourd’hui, grâce aux médias électroniques et à l’internet, (presque) toute la planète a accès au savoir universel. La démocratisation de  l’accès à internet a aussi eu l’effet pernicieux d’ouvrir la voie à la contre-information. Ainsi tout le monde peut diffuser un savoir avéré, mais, également, des renseignements non vérifiés ni prouvés.


Les savants du faux

Résultat : on ne sait plus à qui se fier. À ce jour, la plupart des grandes théories ont récolté leur lot de contre-théories, de remises en question et de contestations. De l’idée que la Terre serait finalement plate à la théorie de la vaccination de puces électroniques lors du COVID, tous les génies et les dérangés peuvent maintenant extérioriser leurs idées farfelues.

 

C’est simple, tout le monde peut devenir un érudit et diffuser ce qu’il prétend être prouvé. Des recherches bidon sont approuvées par des experts bidon et encensées par les opinions de consommateurs bidon.

 


Les marionnettes de l’IA

Comme si la diffusion de fausses infos n’était pas assez, on a ajouté la fausse personnification des diffuseurs de contenus. On utilise maintenant l’image animée de qui on veut en lui faisant dire ce que l’on veut.

 

Face à ce « Qui dit vrai ? », la solution pour plusieurs est de bloquer tout. Devant l’impossibilité de discerner le vrai du faux, l’esprit se referme et cesse de se renseigner. Nous sommes passés de pas, à peu, à trop d’information. Croire redevient un acte de foi.

 

Où est la protection ?

Trouver la vérité devient donc une tâche de détective. Malheureusement, on peut présumer qu’une grande partie de la population n’est pas habilitée à épurer l’information, à passer au tamis les renseignements afin d’en faire ressortir la véracité. 


Il est ironique de constater que, finalement, nous sommes revenus à la case départ : on n’apprend plus rien parce qu’il y a trop d’informations véridiques auxquelles s’opposent leurs équivalents contraires proposés comme vrais aussi. Désormais, le savoir le plus précieux est celui dont la crédibilité est prouvée sans contestation; mais existe-t-il encore ?



Épilogue

Attaqué par les manipulations qu’il a lui-même créées, l’humain, est de plus en plus vulnérable. Ayant, sans méfiance, accordé sa confiance à l’information diffusée de toute part, l’humain a perdu sa capacité à discriminer le vrai du faux, l’érudit du charlatan.

 

Le cerveau de l’homme rapetisse, il regarde le film parce qu’il n’a plus la patience de lire le livre; il garde tout dans son téléphone car il n’arrive plus à se souvenir, il préfère croire au complot plutôt que de faire l’effort de plus en plus difficile de chercher la vérité. Finalement, penser à demain fait de plus en plus peur, à moins qu’on se dise comme certain : « Je ne veux plus rien savoir ! ».

 

 

Merci aussi à ceux qui n’ont pas lu.



 


1 commentaire


Bob Mc Kenna
28 déc. 2025

Beau texte, bien ficelé, tout en étend facile à lire, mais épeurant.

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